Le Temps des Couleurs(10) _ Mary

Viktor fut le seul à hurler. Ayant entendu le cri de son cousin, Sven s'était retourné, avant de rester planté sur place, tétanisé par la surprise.
Hans laissa échapper un hoquet. Il avait prévu qu'en le voyant attaquer, l'homme armé le prendrait pour cible. Il avait juste oublié qu'il n'était pas dans un film. Et ça, c'était l'erreur de trop. Parce que dans un film, le héros s'en sort toujours. Mais Hans n'était pas un héros non plus. Juste un adolescent ordinaire, quoiqu'un peu trop ambitieux.
Il s'effondra lourdement, les yeux toujours écarquillés. Il ne se rendit même pas compte que Viktor s'était précipité pour le soutenir.
Sven avait été prêt à s'élancer pour aider son cousin à porter leur ami. Mais il sentit ses forces l'abandonner. Comme s'il s'endormait...

Daniel cocha une case sur le calendrier.
- Fünfzehnten...
Quinzième jour.
Cela faisait déjà quinze jours que Sven avait disparu dans cette voiture. Deux semaines que Viktor était à l'hôpital après s'être jeté lui-même sur le colosse, avant de se retrouver avec les côtes brisées. Deux semaines durant lesquelles lui n'avait fumé aucune cigarette...
Quatorze jours qu'ils avaient appris que les médecins n'avaient rien pu faire pour Hans. Quatorze jours...
Daniel regarda le téléphone de l'appart sonner, puis décrocha avec appréhension.
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# Posté le dimanche 15 juin 2008 04:15

Chimères(11)_ Dynna

°
Shuhan et Waken interrompirent leur marche, et derrière eux le peuple entier s'immobilisa en plein milieu d'une grande clairière. Ils étaient enfin arrivés devant la demeure du monstre, et, à présent, eux qui avaient traversé la Forêt Interdite, enhardis par la multitude de visages connus qui les entouraient, n'osaient plus faire un pas.
Contre quelques loups, ou contre un serpent, deux centaines d'hommes étaient amplement dissuasifs. Mais que pouvaient ces quelques frêles humains face à la rage d'une bête millénaire, face aux flammes ardentes d'une créature sortie tout droit des enfers ? Car, pour eux, les Dragons, s'ils existaient vraiment, se réduisaient à leur aspect menaçant, à leur inquiétante longévité et à leur inexplicable aptitude à la magie noire. Les villageois restaient donc figés devant l'entrée de la caverne.
Waken, elle, n'était mue que par la volonté de retrouver Taïn, et elle maudissait Shuhan qui, lui, hésitait. Mais elle le comprenait aussi. Il envisageait le pire, et il ne voulait pas être, avant même d'être officiellement devenu le chef du village, détesté de tous parce qu'il les aurait menés dans un guet-apens. Il était donc prudent, et Waken savait que l'emportement ne devait pas mener à des sacrifices inutiles. Non, on ne pouvait pas obliger ces gens à risquer leur vie. Mais elle, était prête à risquer la sienne. Elle s'avança de quelques pas : « Taïn ! » cria-t-elle vers la grotte. Mais seul Écho répondit à son appel, répétant un millier de fois le nom du disparu.
Les villageois furent surpris de son initiative, elle avait interrompu leur silence craintif et ils ne savaient pas comment réagir. Mais, après que Shuhan eut suivi son exemple, quelques autres appelèrent eux aussi : « Taïn ! ...Taïn ! .....Taïn !! ». Encore une fois, ils ne reçurent aucun signe de la part du petit garçon. Seul émana de l'antre le son de leurs propres voix, étouffées et assourdies.
Maintenant, ils regrettaient d'avoir ainsi crié en direction de la Caverne. Et si Taïn n'était pas là ? Et si leurs cris n'avaient fait que réveiller le monstre qui sommeillait ?
Mais Waken en était sûre, Taïn était là-dedans, et elle allait en avoir le coeur net.
Au moment même où elle s'apprêtait à s'engager, seule, dans les profondeurs de la dangereuse tanière, un bruit sourd retentit, faisant trembler le sol de ses vibrations puissantes. Tous reculèrent de quelques pas en arrière, scrutant l'entrée de la caverne, inquiets, et, bizarrement, impatients de voir ce qui en sortirait.
Le bruit sourd se répéta. Une fois. Deux fois. Trois fois. D'abord selon un rythme aléatoire, puis de plus en plus régulièrement : l'écho se faisait plus clair, la résonnance plus précise, la vibration plus distincte, le son plus net. Il n'y avait aucun doute : ce lourd battement, lancinant, qui faisait trembler la terre, c'était le pas mesuré et pesant, imposant et redoutable, du légendaire Dragon Sismique.
Les hommes et les femmes écarquillèrent les yeux, avant même de voir la Bête. Ils s'écartèrent pour former un demi-cercle autour de la clairière : la foule, retenant son souffle, semblait attendre l'entrée en scène des acteurs, qui viendraient jouer en pleine lumière une pièce dont on ne savait pas encore si elle serait une tragédie, mais dont on mesurait déjà l'importance historique.

°

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# Posté le dimanche 15 juin 2008 04:18

Les Chroniques de Mü(11)_ Liline

Chapitre II

L'homme à la tunique verte fit entrer la jeune fille. Ses cheveux blonds étaient secs et lui arrivaient aux épaules. Elle portait des lunettes vertes et avait à la main un bonnet de la même couleur. Le reste de sa tenue était composé d'un pantalon vert et d'un t-shirt orange. Les Survivants la regardaient sans trop savoir comment réagir. Si cette femme venait de Danza, comment avait-elle pu rester en vie ? Peut-être y avait-il un autre tube qu'ils n'avaient pas vu. Un peu sonnée, la jeune femme s'assit près du groupe. Elle leur sourit avec un regard rêveur. Teckilan commençait à être sérieusement agacé :
- Je ne trouve pas ça drôle! déclara-t-il au traducteur. Qui est-ce ?
Le vieillard était en train de parler à l'homme qui venait d'entrer. Il répondit en toussotant :
- Elle a été trouvée sur votre île. Elle est sortie d'un de vos grands bâtiment. Quel est votre nom ? dit-il en s'adressant à elle.
- Luciole Lark, répondit-elle, totalement perdue.
Le chef inscrivit son nom sur la liste. Soudain, le vieillard fut prit d'une forte quinte de toux. Les deux hommes s'en inquiétèrent.
- Il ne va tout de même pas passer l'arme à gauche ! dit Teckilan, désireux de garder en vie le seul homme pouvant les aider.
- Chut ! Soyez plus respectueux ! dit Era.
- Quelqu'un pourrait m'expliquer ce que je fais ici ? demanda Luciole.
Le traducteur s'était levé, et le chef lui tapait sur le dos, mesurant tout de même sa force, car le petit vieux ne tenait pas très bien sur ses jambes. L'homme à la tunique verte prononça quelques mots, puis le traducteur réussit à articuler :
- Je dois m'absenter – il toussa - euh, vos amis vous expliqueront tout, Luciole - il toussa de plus belle – le chef va vous conduire ... Et n'oubliez pas que si vous avez besoin de moi, demandez Trazar.
Il s'en alla en continuant à cracher ses boyaux, escorté par l'homme à la tunique verte.
- J'aimerais vraiment qu'on m'explique ! insista Luciole.
- Bien sûr ! dit Oliver.
- Mais je crois que le chef nous attend, fit remarquer Théo.
En effet, il se tenait debout près de la porte, avec un sourire bienveillant aux lèvres. Les Survivants se levèrent et sortirent un par un sur le bord de la route de terre battue. Il y défilait maintenant une multitude de charrettes et autres chars à banc tirés par des chevaux, auxquels venaient s'ajouter des bruits de conversations et de slogans de commerçants. La place du marché ne devait pas être loin. Le chef se posta devant le groupe, et se désigna de la main :
- Kwarian.
Après s'être assuré que les Survivants avaient compris qu'ils devaient l'appeler par son prénom, le chef s'éclipsa, poussant une barrière de bois brut menant à une petite cour.
- Où est-il partit ? s'interrogea Era.
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# Posté le dimanche 15 juin 2008 04:20

Chroniques d'un autre monde(6)_ Flow

Un gémissement de plaisir s'éleva dans le couloir sombre d'un bordel. Dans la chambre du fond deux corps se mêlaient l'un à l'autre avec avidité. Un autre cri retentit, cette fois-ci plus lent. Les cheveux blonds de l'homme passaient sur le corps couvert de sueur de la femme qui semblait en redemander encore. Il lui embrassa le cou, lui mordit une oreille, remua encore et encore ses hanches musclés sur elle. La prostituée avait croisé ses jambes sur les hanches de l'homme et man½uvrait aussi au plaisir de leur acte, à la fois violent et jouissif.
Soudain un garde déboula dans la pièce obscure, interrompant les deux amants. Le blond réagit avec rapidité. On ne put rien voir quand il sortit une dague de sous la pile de vêtements au ras du sol. Elle vint se ficher dans la tête du garde qui émit alors un râle de surprise et de douleur. Une giclée de sang s'échappa de sa bouche et il s'abattit sur le sol dans un fracas sourd. Le blond s'avança vers le cadavre encore chaud de sa victime. La femme remonta un drap sur elle dans un geste de peur. Elle ne pouvait rien dire car sinon elle se verrait rejoindre rapidement le garde tué. Mais son client ne savait pas qu'elle l'aimait, réellement, alors que son éthique de prostituée le lui interdisait. Ainsi elle ferait tout pour lui, même subir ses pulsions meurtrières qui remontaient souvent à la surface quand on venait le déranger. Du moment qu'elle était avec lui seul. Elle poussa un soupir et tenta de s'habiller, mais ce fut avec maladresse qu'elle remit ses portes jarretelles sur ses cuisses.
Un autre garde, plus haut gradé cette fois-ci, arriva à son tour dans la chambre. Il fixa avec horreur le corps mort au pied de la porte. Le beau blond essuyait tranquillement sa petite dague d'argent avec un foulard en satin jaune.
- J'avais pourtant dit de ne pas venir me déranger, dit-il sans relever. Il ne semblait pas s'émouvoir de l'acte affreux qu'il venait de commettre. De plus sa tenue d'Adam ne le gênait pas, même devant un sous-officier au regard troublé.
- Oui nous le savons, et je me porte garant de la stupidité qu'a commis cet... homme. D'un coup d'½il il désigna le mort. Mais quelque chose de grave s'est passé dans la Cité, et comme je sais que vous êtes le seul officier du coin assez fort pour y mettre un terme...
Le blond releva la tête. Il arborait un visage qui ne trahissait aucun sentiment, et on pouvait apercevoir une petite cicatrice au coin du côté gauche de son fin menton. Ses yeux d'un violet si clair brillaient... d'une folie à peine dissimulée.
- Et bien, qu'attendez-vous pour me faire un rapport ?
- Oh, oui, excusez-moi... On m'a signalé la mort de l'officier Grunve dans la partie Ouest de la Cité.
- Cet ivrogne lourdaud ? Bon débarras.
Le sous-officier toussota légèrement, mal à l'aise.
- Ce n'est pas le plus préoccupant Officier Bélian. Il semblerait que ce soit un anthropomorphe du nom de Selan, chef de la bande Hist qui "protège" la partie Ouest qui l'ait tué. Il avait en sa compagnie un jeune homme, inconnu dans nos registres. Certainement un de ces gars venus de l'extérieur.
Bélian regarda attentivement le sous-officier, un air pensif sur le visage. Puis un sourire amusé se dessina sur son visage, découvrant ses dents blanches et brillantes. Il prit son pantalon, s'habilla rapidement avec, puis passa sa chemise de lin sur son torse encore luisant de sueur. On put entr'apercevoir de grandes cicatrices parcourir son dos. Une fois sa ceinture mise il attrapa d'un geste sa veste d'officier qu'il n'aimait pas trop et la plaqua sur son dos d'un mouvement détendu. Il s'avança vers la jeune femme pour lui caresser délicatement la joue.
- Je reviens très vite Érine.
Celle-ci lui fit un beau sourire mais il s'était déjà retourné vers la porte menant au couloir.
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# Posté le dimanche 15 juin 2008 04:22