Chimères(2)_ Dynna

Les plaines verdoyantes des terres centrales étaient plongées dans le silence de la nuit. Les habitants de Halek, un petit village de la peuplade du milieu, s'étaient endormis paisiblement. Ils dormaient tous. Tous, sauf un.

Taïn hésita un instant. Puis, finalement résolu, il s'avança dans la forêt d'un pas décidé. Il s'enfonça vite dans la masse de la végétation et, bientôt, la douce lumière de la lune, qui avait éclairé sa route et guidé ses pas jusqu'à l'orée des bois, disparut totalement pour laisser place à une obscurité inquiétante.
Autour de lui, des branches d'arbre craquaient doucement sous le poids d'animaux sauvages au souffle imperceptible, des hurlements de loup trahissaient la présence d'une meute, et des cris stridents d'oiseaux de proie nocturnes perçaient les ténèbres. Mais Taïn n'avait pas peur.
Taïn était un petit garçon de huit ans. Sa peau avait la couleur du sable, ses yeux celle du ciel. La femme qui dirigeait son peuple, Melia, disait que ses ancêtres étaient des hommes du désert. Taïn avait du mal à y croire, lui qui vivait sur des terres gorgées d'eau et de vie. Des terres si riches qu'une forêt foisonnante y avait poussé : une forêt dont l'immensité égarait sans peine celui qui s'y aventurait, une forêt dangereuse. Une forêt où il errait maintenant. Une forêt dans laquelle, soudain, un grondement s'éleva.
Taïn se figea. Il scruta l'obscurité, le regard fixé dans la direction d'où provenait le bruit : d'abord, il ne vit rien. Et puis, bien que toujours lointain, le grondement s'amplifia. Il se transforma en un bruit tonitruant, faisant presque trembler le sol, avant d'exploser en une gerbe de flammes qui sembla jaillir des entrailles de la terre pour s'élever vers le ciel, illuminant la nuit et ses étoiles.
Pour Taïn, qui contemplait ce feu d'artifices à travers l'épaisseur des troncs et des feuillages entremêlés, ce n'était qu'une lueur perdue au fond de la forêt. Mais il savait cette lueur, étrangement apparue, lui indiquait la route à suivre. Sans attendre, il se remit donc en route, plus confiant que jamais. Il était désormais assuré qu'il marchait dans la bonne direction, alors que quelques instant plus tôt il avançait à l'aveuglette, ne sachant pas réellement où il allait, plus inquiet de s'égarer que de se trouver nez à nez avec une bête sauvage.
Maintenant que le feu lui avait indiqué la marche à suivre, la peur de se perdre s'était envolée, mais les créatures qui habitaient la forêt, elles, paraissaient se rapprocher chaque instant un peu plus du jeune garçon qui avançait dans l'obscurité.
Les flammes... Taïn savait parfaitement d'où elles venaient, il savait ce qu'elles étaient et ce qu'elles représentaient. Il savait la violence de celui qui les avait créées. Mais il savait aussi sa puissance, et son intelligence : un être aux pouvoirs si étendus, à l'esprit si vif et si sage, ne pouvait pas être dévoué corps et âme à une férocité bestiale et irréfléchie, gratuite et inutile. Il connaissait les légendes, et sa raison lui disait de fuir, mais son c½ur lui dictait chaque pas qu'il faisait en avant.
La créature qui vivait dans la caverne, au plus profond de la forêt interdite, avait envoyé ses gerbes de feu en signe d'avertissement. Mais Taïn se persuadait qu'il s'agissait plus d'avertir les intrus de sa présence à lui, que de les avertir que leur présence à eux était indésirable. A pas lents et mesurés, il continua donc sa progression.
Il cheminait à travers une végétation dont on ne discernait pas les contours dans la nuit, une végétation dense et étouffante. Les feuillages, les buissons, toute la nature, camouflée sous un manteau opaque, cette nature le jour si bienveillante, semblait maintenant révéler une agressivité refoulée. Chaque végétal alourdissait l'air, tout en étant indiscernable ; rien n'était visible, mais tout était oppressant. Taïn avait beau être déterminé et courageux, il n'avait que huit ans, et il commençait à ressentir le poids angoissant de cette jungle qui l'entourait, qui l'encerclait, qui le cernait et l'emprisonnait. Il avait le sentiment d'être pris au piège, mais malgré cela, il continuait d'avancer. C'était le seul moyen de garder un contrôle sur la situation. Alors il avançait.
Il avançait même s'il savait pertinemment vers quels périls ses pas le menaient. Même s'il savait pertinemment que son chemin conduisait, sans détour, dans l'antre du dragon.


La Suite : ici
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# Posté le jeudi 24 avril 2008 19:01

Modifié le vendredi 25 avril 2008 13:22

Après le cauchemar _ Mat

Elle a passé sa nuit à pleurer
Cachée dans les replis de ses draps,
Seulement éclairée par un rayon doré,
Oubliée dans l'aube de sa gloire.

Ses pieds nus écorchés reposent
Sur le matelas avant d'un blanc immaculé.
Elle sent son âme souillée
Et la mort est la seule chose à laquelle
Elle aspire désormais.

Elle s'était crue enfin protégée
Derrière ses apparences et sa richesse ;
Pouvoir enfin oublier sa peine...
Mais le passé a fini par la rattraper
Pour encore une fois la jeter à terre
Et finir de la piétiner.

Meurtrie par une nuit de tempête,
Les mains placées sur sa tête pour ne plus penser
Aux choses affreuses qu'il lui a murmuré
Dans toute la splendeur de sa haine,

Cachée dans les replis de ses draps
Elle ne porte aucune marque,
Mais ce n'est pas parce que tu ne les vois pas
Qu'elles n'existent pas.

Oubliée de l'aurore jusqu'au soir,
Elle prend la lame qu'il lui a laissée,
Souvenir de cette nuit de tempête.
Elle regarde son reflet pâle et défait
Dans la lame, dernière vision de sa beauté

Le fer se mêle à l'elixir de vie,
Il aime à se croire riche, nageant dans sa mer de rubis.
La chaleur s'envole vers les cieux, il ne reste
Qu'un lit glacé où elle repose en paix.
L'arme roule à terre où elle s'immobilise à jamais,
Sa dernière mission achevée.
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# Posté le jeudi 24 avril 2008 19:29

Modifié le jeudi 24 avril 2008 19:48

Oublier _ Dynna

Oublier que j'existe
Ne plus avoir conscience
Oublier ma vie
Oublier mon être
Oublier qui je suis
Oublier que je suis

Oublier le lie
et l'heure
Oublier l'espace
et le temps
Oublier l'impasse
Oublier l'infini
et le néant
Trouver la paix
Reposer en paix
Ne plus lutter contre la mort
contre la vie
contre les autres
contre moi-même

Oublier ma vie
Oublier l'infini
Oublier l'espace
et le temps
Intégrer l'interface
et le néant
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# Posté le jeudi 24 avril 2008 19:35

Le Trésor des Larmes(1)_ Mat

Prologue

Du bruit, beaucoup de bruit... Bruits de pas, bruits métalliques, bruits étouffés, bruits vifs, bruits grinçants... Il y en avait de toutes sortes, et tous signifiaient la même chose. Des cris, des injonctions, deux ou trois jurons, puis le calme se rétablit, redonnant aux ténèbres le silence qu'elles méritaient. Et alors que tout semblait perdu, une lueur dissipa les ombres opaques. Puis une autre, et ainsi de suite. Il y en avait neuf.
Une voix s'éleva, triste et résignée, et pourtant on y décelait une pointe d'ironie. Quelques mots prononcés avant que la mort ne reprenne ses droits.

Dans la grande plaine de Syrsha, la plaine Rouge comme l'appelaient les habitants d'Ayasu, le vent zigzaguait entre les brins d'herbe pourpre, écoutant leurs histoires et les portant par delà les océans insondables et les montagnes dont le sommet blanc se perdait parmi les étoiles. C'est dans ce lieu frappé par la malédiction que naquit la prophétie. Elle annonçait le retour des temps anciens, son retour, et avec l'arrivée de la plus ténébreuse des âmes, dont la simple évocation du nom déclenchait de violentes crises d'angoisse chez le plus maudit des démons.
Ce jour prophétique, des nuages noirs se rassemblèrent dans la plaine et se mirent à pleurer. Les rares villages qui avaient vu le jour dans cette contrée – ils étaient au nombre de trois – se retrouvèrent inondés par l'eau rouge. Puis tout cessa, les nuages s'effilochèrent dans le vent, l'eau s'infiltra au plus profond de la terre et les hommes purent à nouveau sortir et lever la tête vers le ciel, presque surpris de retrouver le disque d'or brillant au dessus de leur tête.
A plusieurs centaines de kilomètres de là, peut-être même à quelques milliers, par delà ce fameux océan, dans une ville au bord de l'eau, au sommet d'une grande tour blanche au dôme doré, dans une pièce complètement vide, excepté une petite table où reposait une plume recouverte d'un voile, un homme était penché à la fenêtre et accueillait les nouvelles portées par le vent avec un petit sourire triste. Il reporta son attention sur ce qui se passait à l'intérieur de la pièce. La plume flottait au dessus de la table, dégageant un faible halo de lumière. Avec son drap blanc pour la recouvrir, elle ressemblait à un fantôme. Mais après tout, qu'était-elle à part une manifestation d'évènements passés qui allaient se reproduire? Elle s'enflamma alors. L'homme la regarda brûler durant des heures, sans esquisser un geste pour l'éteindre. Dans la quasi-pénombre, la lueur des flammes faisait naître des ombres monstrueuses sur son visage. A la fin il ne restait même pas les cendres pour témoigner de son existence.
Dans un autre lieu encore, à l'ouest de la ville à la tour blanche, un homme vêtu de noir parvint au sommet d'Eterya, la montagne à l'origine du continent de Kishia selon la légende, le voisin d'Ayasu. Nul encore n'avait eu l'honneur d'atteindre le point culminant de cette terre, là où il suffisait de tendre la main pour cueillir les astres. Tous mourraient avant d'avoir achevé l'ascension, certains de froid, d'autres de fatigue, bien souvent des deux. Mais cet homme en noir avait réussi. Il chassa les morceaux de glace collés dans ses cheveux noirs et décoiffés par les fortes bourrasques, en vain car d'autres se formèrent sur-le-champ. Ses yeux sombres étaient fixés sur un point bien précis à l'horizon, direction sud-est, en plein sur la première ville maritime fortifiée d'Ayasu, Lowenshi. Il fronça les sourcils et ses lèvres se tordirent en une grimace, donnant une expression effrayante à son visage. « Beauté » était une caractéristique bien faible pour le définir, de même que « dangereux ». Il plaça ses mains dans ses poches et se balança d'avant en arrière, une lueur folle dansant au fond de ses prunelles insondables. Enfin il entama la descente d'Eterya par son autre versant, bientôt englouti par le blizzard.
Un peu avant cet évènement, sur Ayasu, au nord de la plaine de Syrsha, une louve noire et une tigresse avaient déposé leurs petits sur le palier d'une jolie maisonnette en briques, au toit de chaume et aux volets en bois aussi rouges que l'herbe du jardin. Elles avaient disparu ensuite, comme si elles n'avaient été que les figurantes d'un rêve. Et ce rêve avait commencé quelques heures avant la pluie, bien longtemps avant la disparition de la plume et de l'exploit de l'homme en noir. Lorsque Luna Asher donna naissance à deux enfants adorables : un garçon aux cheveux argentés et une fille à la chevelure où se mêlaient l'or et le feu. La sage-femme lava les petits êtres fragiles puis les enveloppa dans un linge propre, avant de les confier à la mère. Celle-ci cala ses enfants au creux ses bras, la fille sur le gauche, le garçon sur le droit. Puis la sage-femme, qui se nommait Nolyu et qui allait devenir la nourrice des jumeaux par la suite, lui montra la découverte qu'elle venait de faire sur le palier, en d'autres termes les bébés loup et tigre. La mère sourit et les cernes sous ses yeux semblèrent s'estomper un peu. Elle décida de les garder, persuadée qu'ils avaient été envoyés par un des Esprits pour protéger ses enfants. Elle n'était pas si loin de la vérité.
Mais ce qui allait se passer, nul n'aurait pu le prédire. Pas même la prophétie.
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# Posté le jeudi 24 avril 2008 19:44

Modifié le dimanche 27 avril 2008 10:43

Tombée d'une Toile d'Images _ Dynna

La projection nocturne s'éclaire
sur l'écran des paupières
qui s'ouvrent à un
signal subalterne, comme un manège enfantin
qui disparaît au matin.

Délire inconscient subconsciemment
bizarroïde. Vérité clamant
son existence
sans substance.
Folie
qui songe à la vie.
Souvenir enfoui.
Idée subtilisée à l'air
saturé. Demains, hiers.
Image
en décalage,
qui voyage
d'onde
en monde.

La séance s'est terminée.
Comme une marée
embrumée
et irréellement
imaginaire, l'engourdissement
retombe dans
la mémoire de l'inexistant
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# Posté le vendredi 25 avril 2008 04:25