Les plaines verdoyantes des terres centrales étaient plongées dans le silence de la nuit. Les habitants de Halek, un petit village de la peuplade du milieu, s'étaient endormis paisiblement. Ils dormaient tous. Tous, sauf un.
Taïn hésita un instant. Puis, finalement résolu, il s'avança dans la forêt d'un pas décidé. Il s'enfonça vite dans la masse de la végétation et, bientôt, la douce lumière de la lune, qui avait éclairé sa route et guidé ses pas jusqu'à l'orée des bois, disparut totalement pour laisser place à une obscurité inquiétante.
Autour de lui, des branches d'arbre craquaient doucement sous le poids d'animaux sauvages au souffle imperceptible, des hurlements de loup trahissaient la présence d'une meute, et des cris stridents d'oiseaux de proie nocturnes perçaient les ténèbres. Mais Taïn n'avait pas peur.
Taïn était un petit garçon de huit ans. Sa peau avait la couleur du sable, ses yeux celle du ciel. La femme qui dirigeait son peuple, Melia, disait que ses ancêtres étaient des hommes du désert. Taïn avait du mal à y croire, lui qui vivait sur des terres gorgées d'eau et de vie. Des terres si riches qu'une forêt foisonnante y avait poussé : une forêt dont l'immensité égarait sans peine celui qui s'y aventurait, une forêt dangereuse. Une forêt où il errait maintenant. Une forêt dans laquelle, soudain, un grondement s'éleva.
Taïn se figea. Il scruta l'obscurité, le regard fixé dans la direction d'où provenait le bruit : d'abord, il ne vit rien. Et puis, bien que toujours lointain, le grondement s'amplifia. Il se transforma en un bruit tonitruant, faisant presque trembler le sol, avant d'exploser en une gerbe de flammes qui sembla jaillir des entrailles de la terre pour s'élever vers le ciel, illuminant la nuit et ses étoiles.
Pour Taïn, qui contemplait ce feu d'artifices à travers l'épaisseur des troncs et des feuillages entremêlés, ce n'était qu'une lueur perdue au fond de la forêt. Mais il savait cette lueur, étrangement apparue, lui indiquait la route à suivre. Sans attendre, il se remit donc en route, plus confiant que jamais. Il était désormais assuré qu'il marchait dans la bonne direction, alors que quelques instant plus tôt il avançait à l'aveuglette, ne sachant pas réellement où il allait, plus inquiet de s'égarer que de se trouver nez à nez avec une bête sauvage.
Maintenant que le feu lui avait indiqué la marche à suivre, la peur de se perdre s'était envolée, mais les créatures qui habitaient la forêt, elles, paraissaient se rapprocher chaque instant un peu plus du jeune garçon qui avançait dans l'obscurité.
Les flammes... Taïn savait parfaitement d'où elles venaient, il savait ce qu'elles étaient et ce qu'elles représentaient. Il savait la violence de celui qui les avait créées. Mais il savait aussi sa puissance, et son intelligence : un être aux pouvoirs si étendus, à l'esprit si vif et si sage, ne pouvait pas être dévoué corps et âme à une férocité bestiale et irréfléchie, gratuite et inutile. Il connaissait les légendes, et sa raison lui disait de fuir, mais son c½ur lui dictait chaque pas qu'il faisait en avant.
La créature qui vivait dans la caverne, au plus profond de la forêt interdite, avait envoyé ses gerbes de feu en signe d'avertissement. Mais Taïn se persuadait qu'il s'agissait plus d'avertir les intrus de sa présence à lui, que de les avertir que leur présence à eux était indésirable. A pas lents et mesurés, il continua donc sa progression.
Il cheminait à travers une végétation dont on ne discernait pas les contours dans la nuit, une végétation dense et étouffante. Les feuillages, les buissons, toute la nature, camouflée sous un manteau opaque, cette nature le jour si bienveillante, semblait maintenant révéler une agressivité refoulée. Chaque végétal alourdissait l'air, tout en étant indiscernable ; rien n'était visible, mais tout était oppressant. Taïn avait beau être déterminé et courageux, il n'avait que huit ans, et il commençait à ressentir le poids angoissant de cette jungle qui l'entourait, qui l'encerclait, qui le cernait et l'emprisonnait. Il avait le sentiment d'être pris au piège, mais malgré cela, il continuait d'avancer. C'était le seul moyen de garder un contrôle sur la situation. Alors il avançait.
Il avançait même s'il savait pertinemment vers quels périls ses pas le menaient. Même s'il savait pertinemment que son chemin conduisait, sans détour, dans l'antre du dragon.
La Suite : ici
Taïn hésita un instant. Puis, finalement résolu, il s'avança dans la forêt d'un pas décidé. Il s'enfonça vite dans la masse de la végétation et, bientôt, la douce lumière de la lune, qui avait éclairé sa route et guidé ses pas jusqu'à l'orée des bois, disparut totalement pour laisser place à une obscurité inquiétante.
Autour de lui, des branches d'arbre craquaient doucement sous le poids d'animaux sauvages au souffle imperceptible, des hurlements de loup trahissaient la présence d'une meute, et des cris stridents d'oiseaux de proie nocturnes perçaient les ténèbres. Mais Taïn n'avait pas peur.
Taïn était un petit garçon de huit ans. Sa peau avait la couleur du sable, ses yeux celle du ciel. La femme qui dirigeait son peuple, Melia, disait que ses ancêtres étaient des hommes du désert. Taïn avait du mal à y croire, lui qui vivait sur des terres gorgées d'eau et de vie. Des terres si riches qu'une forêt foisonnante y avait poussé : une forêt dont l'immensité égarait sans peine celui qui s'y aventurait, une forêt dangereuse. Une forêt où il errait maintenant. Une forêt dans laquelle, soudain, un grondement s'éleva.
Taïn se figea. Il scruta l'obscurité, le regard fixé dans la direction d'où provenait le bruit : d'abord, il ne vit rien. Et puis, bien que toujours lointain, le grondement s'amplifia. Il se transforma en un bruit tonitruant, faisant presque trembler le sol, avant d'exploser en une gerbe de flammes qui sembla jaillir des entrailles de la terre pour s'élever vers le ciel, illuminant la nuit et ses étoiles.
Pour Taïn, qui contemplait ce feu d'artifices à travers l'épaisseur des troncs et des feuillages entremêlés, ce n'était qu'une lueur perdue au fond de la forêt. Mais il savait cette lueur, étrangement apparue, lui indiquait la route à suivre. Sans attendre, il se remit donc en route, plus confiant que jamais. Il était désormais assuré qu'il marchait dans la bonne direction, alors que quelques instant plus tôt il avançait à l'aveuglette, ne sachant pas réellement où il allait, plus inquiet de s'égarer que de se trouver nez à nez avec une bête sauvage.
Maintenant que le feu lui avait indiqué la marche à suivre, la peur de se perdre s'était envolée, mais les créatures qui habitaient la forêt, elles, paraissaient se rapprocher chaque instant un peu plus du jeune garçon qui avançait dans l'obscurité.
Les flammes... Taïn savait parfaitement d'où elles venaient, il savait ce qu'elles étaient et ce qu'elles représentaient. Il savait la violence de celui qui les avait créées. Mais il savait aussi sa puissance, et son intelligence : un être aux pouvoirs si étendus, à l'esprit si vif et si sage, ne pouvait pas être dévoué corps et âme à une férocité bestiale et irréfléchie, gratuite et inutile. Il connaissait les légendes, et sa raison lui disait de fuir, mais son c½ur lui dictait chaque pas qu'il faisait en avant.
La créature qui vivait dans la caverne, au plus profond de la forêt interdite, avait envoyé ses gerbes de feu en signe d'avertissement. Mais Taïn se persuadait qu'il s'agissait plus d'avertir les intrus de sa présence à lui, que de les avertir que leur présence à eux était indésirable. A pas lents et mesurés, il continua donc sa progression.
Il cheminait à travers une végétation dont on ne discernait pas les contours dans la nuit, une végétation dense et étouffante. Les feuillages, les buissons, toute la nature, camouflée sous un manteau opaque, cette nature le jour si bienveillante, semblait maintenant révéler une agressivité refoulée. Chaque végétal alourdissait l'air, tout en étant indiscernable ; rien n'était visible, mais tout était oppressant. Taïn avait beau être déterminé et courageux, il n'avait que huit ans, et il commençait à ressentir le poids angoissant de cette jungle qui l'entourait, qui l'encerclait, qui le cernait et l'emprisonnait. Il avait le sentiment d'être pris au piège, mais malgré cela, il continuait d'avancer. C'était le seul moyen de garder un contrôle sur la situation. Alors il avançait.
Il avançait même s'il savait pertinemment vers quels périls ses pas le menaient. Même s'il savait pertinemment que son chemin conduisait, sans détour, dans l'antre du dragon.
La Suite : ici